Le vignoble d'Île-de-France et son IGP
La renaissance des vins franciliens sur un territoire viticole historique
Le vignoble d'Île-de-France est à un tournant majeur de sa longue histoire faite d'âges d'or et d'ombres, de triomphes et d'épreuves, de l'Antiquité au XIXe siècle, et tout particulièrement reconnu pour sa qualité exceptionnelle au Moyen Âge et sa vitalité au XIXe. Nous sommes désormais entrés dans la phase dynamique, florissante et enthousiasmante de sa renaissance en ce début du XXIe siècle.

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Du temps où le vin francilien s'appelait le "vin françois"
L’histoire du vignoble d’Île-de-France est sûrement la plus incroyable de toutes celles du territoire viticole. Elle prend racine au début de notre ère, la vigne est plantée par les Romains, comme dans toute la Gaule. A témoin, en 357, l’empereur Julien séjournait dans sa « chère Lutèce » et notait : « il y pousse de bonnes vignes ».
Puis le vignoble de France survécut au chaos du début du Moyen Âge grâce à la volonté sans relâche des religieux, réservant le vin à l’office, l’hospitalité et la consommation des moines. Selon l’historien Roger Dion, la France médiévale était couverte de vignes du Nord au Sud.
En Île-de-France, les abbayes de Saint-Germain-des-Prés et de Saint-Denis jouèrent un rôle majeur au XIIe siècle à l’essor du « vin françois », vin blanc spécifique « aussi clair qu’une larme d’œil » qu’on pourrait qualifier de première AOC* historique, compte tenu de sa qualité exceptionnelle. Réservé aux rois, aux puissants fortunés et au prospère commerce d’exportation, il est produit et maîtrisé par les Bénédictins sur le « Pays de France », région qui couvrait les territoires de Paris-Soissons-Reims. Le « vin françois » est loué dans le célèbre poème du XIIIe siècle La Bataille des Vins, permettant à ses nombreux crus – Argenteuil, Pierrefitte, Montmorency, Marly, Trilbardou, Soissons, Clermont sur Oise …- de se placer sur le haut du classement de la catégorie du vin blanc sec, tandis que le vin de Chypre se positionne en haut de la catégorie du vin blanc liquoreux.
Cet âge d’or dura deux siècles et laissera la place, au début du XIVe siècle, à celui des vigoureux vins du Sud. Le vin de Champagne devient autonome au XVe siècle. Vint alors un nouveau coup dur pour les vins franciliens. En 1577, l’édit royal «des 20 lieues» interdit (jusqu’en 1776) aux cabaretiers parisiens de s’approvisionner dans un rayon de 80 km autour de Paris pour préserver les terres de culture de denrées et privilégier les bourgeois, nouveaux propriétaires des vignobles qualitatifs autour de Paris. Le « vin françois » va perdre sa typicité unique au profit de la multiplicité de ces propriétaires. Quant au vin produit au-delà des 20 lieux (80 km) de Paris, il se dépréciera en qualité et réputation.
A l’apparition des guinguettes et d'une population ouvrière grandissante, le vignoble francilien va s’étendre de manière remarquable – 52 000 ha en 1852 – privilégiant la productivité. Ce sera un nouvel âge d’or.
Mais le contexte multifactoriel de la fin du XIXe siècle (phylloxera ravageant tout le vignoble européen, maladies, arrivée du chemin de fer amenant des vins du Sud à bas coût, pression immobilière…) sera le coup de grâce du vin d'Île-de-France, couronné par l’interdiction du droit de commercialiser le vin produit dans la région (à l’exception de la commune de Suresnes).
Pourtant à la fin du XXe siècle, la vigne en Île-de-France prend un nouvel élan par l’apparition d’une multitude d’initiatives associatives et patrimoniales et d’une poignée d'irréductibles passionnés et combattants pour la renaissance des vins franciliens reconnus au XXIe siècle
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*AOC : Appellation d'Origine Contrôlée
Photo : La Bataille des Vins, extrait du manuscrit (1240, BNF)
24 années de bataille pour l'IGP*
Tout commence en janvier 1999. Une poignée de passionnés de la vigne et du vin lancent le projet de rassembler la centaine de « vignerons » d’Île-de-France, et aider ceux qui se positionnent pour un vin de qualité reconnu par le statut juridique de "Vin de Pays" (ancêtre de l'lGP). Le but est la renaissance d'une région viticole d'excellence engloutie dans l’oubli, l'apathie et l’amnésie collective liés à sa longue histoire victime d'un contexte multifactoriel (climat, foncier, maladies, géopolitique, moyen de transport, prix).
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S'ensuit un long et très lourd travail complexe au plan des techniques et du relationnel, richement détaillé** dans un livre à portée internationale. En voici les principales étapes.
D'abord un délicat travail d'approche et de compréhension de l'extraordinaire complexité juridique et humaine de la filière viticole française, dans sa partie conservatrice et protectionniste, à l'origine de la répression des fraudes et des signes de la qualité et de l'origine actuels mondialement reconnus.
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Le travail juridique du droit à exister. En 2000, la région d’Île-de-France était considérée comme «non viticole», », donc sans droit à planter la moindre vigne pour vendre un vin local. Après 16 ans de combat, l’Europe comblera ce vide juridique, mais il faudra encore recourir au Conseil d'État et déposer plainte à la Commission de l'UE pour l'expliquer à certains.
Le travail sur le territoire. Après 4 ans de négociations avec des vignobles français craignant perdre le marché francilien, il a fallu renoncer à certaines zones, adopter le territoire viticole « historique » d’Île-de-France, décrit par les historiens et cartographié en 1754, plus grand que la région administrative actuelle mais plus petit que la région « Pays de France » du XIIIe .
La travail sur les cépages. Le vignoble francilien a accès à 73 cépages autorisés après avoir renoncé à quelques cépages emblématiques historiques de l'Île-de-France mais revendiqués comme identitaires par d’autres régions.
La travail terminologique autour du mot « France ». Des opposants préféraient l’ambivalence du label peu contraignant de « vin de France » (anciennement « vin de table»). L'« IGP Île-de-France » a eu gain de cause.
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L’IGP Île-de-France a été enfin officiellement reconnue :
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En France, le 19 mai 2020, par l’homologation de son cahier des charges.
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En Europe, le 28 octobre 2021, par al décision d’enregistrement par la commission européenne lui garantissant une reconnaissance et une protection mondiales.
Le millésime 2020, premier nommé Île-de-France.
Le millésime 2021, premier en IGP Île-de-France.
Le 18 avril 2023, le certificat IGP IdF est attribué à SYVIF.
*IGP : Indication Géographique Protégée (anciennement "Vin de Pays")
Le président fondateur et son équipe exposent cette rude aventure qui a exigé compétence, ténacité et courage


Le territoire viticole francilien
Le territoire viticole défini dans le cahier des charges de l'IGP Île-de-France s'étend sur onze départements (dont les huit de l'Île-de-France administrative) qui vont de Dreux au sud-ouest à Laon au nord-est, Paris et sa couronne étant le centre de cette zone. Le cahier des charges précise par département (02, 28, 60, 75, 77, 78, 91, 92, 93, 94, 95) chaque commune admise dans l'IGP pour la récolte des raisins, la vinification et l'élaboration des vins tranquilles. Cette Zone Géographique Délimitée (ZGD) représente 17% des communes du territoire (en jaune dans la carte à gauche). La Zone de Proximité Immédiate (ZPI) pour les seules opérations de vinification et d’élaboration des vins compte 83% des communes. A terme, l'objectif de SYVIF est de tendre vers 100% des communes en ZGD.
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Les sols sont argilo-calcaires à pH élevé avec des proportions variables de sable et de limons, de silex, des pierres type cran ou de meulières. Le territoire de l'IGP bénéficie d'un mésoclimat frais, les températures s’élèvent lentement pendant la matinée, plus vite l'après-midi, mais redescendent la nuit sous 14°, surtout en période de maturation des raisins.
L'IGP Île-de-France peut être complétée par le nom des DGC (Dénomination Géographique Complémentaire) suivantes compte tenu de leurs spécificités :
- « Coteaux de Suresnes-Mont-Valérien » ;
- « Coteaux de Blunay » ;
- « Coteaux de Provins » ;
- « Guérard » ;
- « Paris ».
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Les 73 cépages et les résistants
Selon le cahier des charges de l'IGP Île-de-France, les vins sont produits exclusivement à partir des 73 cépages (dont neuf cépages résistants hybrides interspécifiques repérés en gras) suivants classés par couleur :
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BLANC : Aligoté B, Aranel B, Arbane B, Arriloba B, Chardonnay B, Chasan B, Chasselas B, Chenin B, Goldriesling B, Gringet B, Knipperlé B, Liliorila B, Meslier Saint-François B, Mûller-Thurgau B, Muscat cendré B, Muscat Ottonel B, Ondenc B, Orbois B, Petit Meslier B, Pinot blanc B, Précoce Bousquet B, Précoce de Malingre B, Rayon d'or B, Riesling B, Romorantin B, Roublot B, Sacy B, Saint-Côme B, Sauvignon B, Savagnin blanc B, Seyval B, Sylvaner B, Verdelho B, Viognier B ;
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GRIS : Grolleau gris G, Pinot gris G, Sauvignon gris G
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NOIR : Abouriou N, Cabernet franc N, Cabernet Sauvignon N, Castets N, César N, Chambourcin N, Chenanson N, Cinsault N, Egiodola N, Gamaret N, Gamay de Chaudenay N, Gamay Fréaux N, Gamay N, Grenache N, Grolleau N, Joubertin N, Landal N, Léon Millot N, Maréchal Foch N, Merlot N, Meunier N, Noir Fleurien N, Oberlin noir N, Pinot noir N, Plantet N, Portan N, Segalin N, Semebat N, Syrah N, Tressot N, Villard noir N ;
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ROSE : Chasselas rose Rs, Gewurztraminer Rs, Muscat à petits grains roses Rs, Savagnin rose Rs, Velteliner rouge précoce Rs.
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Les assemblages sont libres, le rendement maximum est à 100 hectolitres par hectare, le degré d'alcool au minimum de 9 degrés.
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En parallèle, dans le vignoble francilien, sont menées des études et expérimentations sur d'autres cépages résistants tels que : Muscaris, Souvignier gris, Cabernet Cortis, Monarch, Floréal, Monarch, Johanniter ...
Ce nouveau type de cépage permet principalement de résister au changement climatique et aux maladies.


Le vin francilien aux trois couleurs et sa typicité
Seuls les vins tranquilles* rouges, rosés et blancs peuvent bénéficier de l'IGP Île-de-France. Il n'y a donc pas de vin effervescent dans cette IGP.
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Les vins franciliens sont encore des vins confidentiels, produits en quantité limitée avec grand soin, présentant chacun une originalité en lien avec son territoire local, les choix techniques et l'art du vigneron.
Les vins rouges, aux nuances le plus souvent rouge cerise, présentent une dominante d'arômes primaires fruités plus ou moins marqués selon les cépages, une légère acidité et des notes épicées discrètes.
Les vins blancs et rosés présentent une dominante d'arômes primaires floraux et fruités plus ou moins marqués selon les cépages, une vivacité et une minéralité sensibles et équilibrées.
Les vins blancs présentent le plus souvent des nuances jaune pâle à reflets verts évoluant parfois vers une
teinte plus dorée après un an d'élevage.
Les vins rosés offrent des nuances le plus souvent rose saumon.
Le cahier des charges énonce les spécificités locales pour les unités géographiques plus petites (Suresnes, Coteaux de Blunay, de Provins, Guérard et Paris - p10).
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*vin tranquille = vin sans bulles
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